La blessure de rejet, c'est cette petite voix terrifiée au fond de nous qui murmure qu'on n'a pas le droit d'exister.

Elle ne parle pas de ce que vous faites mal, elle vous dit que c'est vous qui êtes de trop, un problème ambulant ! 

C'est une douleur invisible qui donne l'impression d'être un éternel intrus, même au milieu d'une pièce pleine d'amis.

 

Concrètement, cela se traduit par cette "boule au ventre" quand vous arrivez dans un endroit, et que vous vous dites immédiatement que votre présence va gacher l'ambiance, ou par ce sentiment d'angoisse lorsqu'un collègue ne vous dis pas bonjour le matin, vous laissant persuadé que toute l'entreprise vous déteste secrètement...

 

Pour survivre à ce vertige desagreable, on enfile sans s'en rendre compte le costume du fuyant.

On devient un fantôme expert en camouflage, quelqu'un qui n'ose jamais donner son avis sur le choix d'un restaurant ou d'un film, de peur que sa préférence soit critiquée et perçue comme un rejet de sa propre personne.

On anticipe le coup en coupant les ponts du jour au lendemain après un premier rendez-vous amoureux pourtant parfait, simplement parce qu'un message a mis trois heures à recevoir une réponse.

On préfère se rejeter soi-même, s'auto-saboter et s'isoler dans sa chambre en larmes plutôt que de prendre le risque de voir l'autre s'en aller.

On s'épuise aussi à être absolument parfait, à travailler jusqu'à point d'heure pour rendre un dossier irréprochable, car dans notre esprit, la moindre petite erreur équivaut à être banni et abandonné du groupe.

 

Pourtant, la guérison commence le jour où l'on réalise que ce filtre déformant nous ment.

Les autres ne passent pas leur temps à analyser nos faits et gestes ou à nous juger, ils sont simplement occupés avec leurs propres peurs, leurs retards et leurs vies compliquées...

Guérir, c'est accepter de faire un peu de bruit, d'oser dire "non" quand on n'a pas envie, de donner son avis même s'il est different, et de poser ses affaires sur la table en se disant, enfin, que notre place dans ce monde ne dépend pas de la validation des autres, mais qu'elle est profondément légitime.